Fonds Documentaire Odette MENNESSON-RIGAUD
   
 
 
 

Fondation Ayizan Velekete

 

Nos Traditions

Les traditions culturelles haïtiennes, et en particulier celles qui émergent du Vodou, constituent un patrimoine mondial d'une envergure remarquable. Réservoir des traditions africaines ancestrales, véritable microcosme de l'ancien continent… Par la force d'une triture historique inexorable, elles ont su s'allier aux cultures séculaires du Vieux Monde Amérindien, rompant définitivement avec tout archaïsme, pour s'imposer avec force en tant que composante déterminante de ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler le « Nouveau Monde ». Confrontées aux abominations de la « Découverte », à la dévastation qui la suivait et, plus tard, aux sommités de barbarisme de la colonisation de Saint-Domingue, cette culture résistante saura digérer, grâce à ses millénaires d'expérience, les éléments progressistes de transformation existant chez les cultures auxquelles elle se trouvera face à face pour émerger victorieuse de la première révolution d'esclaves triomphante.

 

Situation Critique

Toutefois, la situation actuelle est à la fois critique et alarmante .

D'un côté, ces traditions se trouvent confrontées à une atomisation sans cesse croissante qui achève, présentement, d'isoler les réservoirs traditionnels de connaissance ( lakou ), de bloquer ses flux indispensables de savoirs et de déconnecter fondamentalement les générations qui en sont porteuses. Entamé dès la fin du premier siècle d'émancipation de la nation haïtienne, ce processus d'isolement s'est trouvé décuplé avec la fulgurante vague migratoire du vingtième siècle et étroitement imbriqué aux projets contemporains de « globalisation » néo-libérale qui proposent l'anéantissement des particularismes régionaux, en faveur de leur incorporation aux visées des majeures firmes multinationales.

Le Bassin Erzulie de Gonaïves, par exemple, haut-lieu cultuel, a été détruit par l'abattage des vieux arbres séculiers qui en protégeaient les bassins versants. Stigmatisés de « sataniques », ces végétaux permettaient la reproduction des espèces piscicoles qui assuraient la survie quotidienne de la population. C'est dans leurs racines accrochées aux berges de la petite rivière, que se procréaient les poissons, sous la protection d'Erzulie, source de vie et de cet amour essentiel à la perpétuation de l'espèce. Les arbres abattus et confrontée aux plaintes des habitants de la région, la secte protestante locale leur proposait de se rendre à Port-au-Prince y acquérir les filets de nylon qui, seuls, leur permettraient de surmonter l'handicap de leur équipement traditionnel (les mailles plus étroites antérieures recueillaient également les jeunes progénitures – agrandies, elles se cassaient). On ajoutait même que : « si à Port-au-Prince, ils ne trouvaient pas les filets voulus, ils pourraient toujours chercher emploi dans une usine avoisinante… ».

Les plus anciens lakou de la tradition vodoun font incessamment état de leur isolement croissant : à Lavilokan, Kanpèch, Déréal, parmi d'autres, on évoque couramment comment, « dans le temps », on se rendait visite, comment les serviteurs évoluaient à travers ces divers lieux… Cette convivialité est détruite non seulement par la précarité économique grandissante et l'atmosphère nationale d'insécurité mais, surtout, par la dislocation des foyers historiques et leur repli dû aux attaques incessantes auxquelles ils ont du faire face au cours des temps.

La « Campagne (anti-superstitieuse) des Rejetés » de 1941 ne représente que la partie émergée de l'iceberg – en réalité, dès la fin du dix-neuvième siècle, Mgr. Kersuzan initiait sa « Ligue Contre le Vodou », faisant nombre d'émules, particulièrement dans les rangs de l'Eglise, de l'Armée, de l'Etat. Contraint à la clandestinité, le Vodoun adoptait un mode d'existence spécifique. Adaptation, qui, aujourd'hui séculaire, semble s'être inscrite dans la lignée même des facultés transformatrices de la tradition ainsi que de sa genèse (maronnage – dissimulation et refuge des esclaves fuyant leurs maîtres).

 

Enjeux du Moment

Cet état de choses, bien qu'ayant permis la survie, ne permet ni le développement de la personne, ni celui de la pensée et finalement nuit énormément à l'épanouissement de la communauté en général. Il y a néanmoins pire : les impitoyables processus migratoires actuellement à l'œuvre. Ceux-ci, tandis que disparaissent les anciens vénérables, transportent la relève ailleurs, atteignant ainsi l'essence même du Vodoun. En ce sens, nous sommes aujourd'hui témoins, d'abord, d'une perte quantitative des traditions anciennes (disparition progressive des rituels Ibo, Seneka, Amin, par exemple, - avec tout ce que ceux-ci comportent de savoir ancestral thérapeutique, social, organisationnel…). Ensuite, de l'amenuisement du formidable réservoir des traditions – contenu fondamental des rituels d'Assotor, maîtrise territoriale des sociétés secrètes, habileté de conduite du « règlement »…

Inutile, dès lors, de relever l'impact mortel des attaques fondamentalistes frontales qui ne font qu'accompagner les projets de société qui les dessinent…

D'énergiques ACTIONS s'imposent. Agir, contrecarrer, affronter : en un mot, s'organiser pour faire face.

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